Nous tenons à remercier Philippe Bouhours, médecin psychiatre spécialisé en thérapies comportementales et cognitives pour son aide dans la rédaction de cet article.

Télécharger notre guide de prévention contre le burn out 

Le travail présente de nombreux bénéfices pour la santé des employés. Il stimule l’esprit et permet de nous développer en tant qu’individu. Cependant, il peut aussi avoir des conséquences négatives. En France, en 2019, le mal-être au travail coûte 14,580€ par salarié par an en moyenne dans le secteur privé (Mozart Consulting/ APICIL). Notre engagement professionnel, nos réactions face au stress et nos conditions de travail peuvent être vecteurs de pathologies professionnelles. Notamment le burn out.

Qu’est-ce que le burn out ?

Il s’agit d’un mal profond qui touche de nombreux collaborateurs en ou en dehors de l’entreprise chaque année. C’est un problème non seulement individuel mais également organisationnel. Si au début de l’ère industrielle les conditions physiques des hommes étaient mises à l’épreuve, le travail d’aujourd’hui « s’attaque » au psychisme des individus avec le développement du secteur tertiaire et des nouvelles technologies.

Définition du burn out

Le burn out est une souffrance psychique liée au travail. On le caractérise comme le syndrome d’épuisement professionnel. Il est le résultat d’un stress chronique. Les psychologues et chercheurs Schaufeli et Greenglas le définisse en 2001 comme :

Un épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel

Christina Maslach, pionnière de la recherche sur l’épuisement professionnel caractérise le burn out comme un syndrome à 3 dimensions. L’épuisement physique, émotionnel et mental n’est que la partie visible de l’iceberg.

Il faut également prendre en compte le cynisme vis-à-vis du travail. Le collaborateur se désengage progressivement de ses collègues et de ses tâches. Le cynisme est également vu comme une dépersonnalisation (deshumanisation, indifférence). Enfin la troisième dimension de ce syndrome est la diminution de l’accomplissement personnel au travail. Le salarié se dévalorise et a le sentiment d’être inefficace.

Le burn out est-il une maladie professionnelle ?

Conformément à l’article L.461-1 du code de la sécurité́ sociale (CSS) : « est présumée d’origine professionnelle toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles (annexé au code de la sécurité sociale) et contractée dans les conditions mentionnées à ce tableau ».

Le tableau des maladies professionnelles est accessible sur le site de l’INRS. Étonnamment, le burn out n’y figure pas. Ces dernières années, L’OMS a beaucoup travaillé sur le sujet et a fait évoluer sa classification. Le burn out est passé d’un syndrome résultant d’un stress chronique au travail à un phénomène lié au travail. Cependant, il n’est toujours pas reconnu comme une maladie professionnelle.

Toutefois, sa prise en charge en tant que telle est possible si l’on respecte certaines conditions :

  • Le collaborateur doit prouver que son travail a provoqué la maladie
  • Le collaborateur doit présenter une incapacité permanente d’un taux au moins égal à 25%.

La reconnaissance de l’épuisement professionnel comme maladie est un véritable parcours du combattant pour les salariés concernés. Par conséquent, on ne recense que très peu de cas par an.

Les différentes étapes du burn out

Le burn out n’apparaît pas du jour au lendemain. C’est un long cheminement composé de plusieurs « étapes ». Le point de départ de ce syndrome est le stress. Au fur et à mesure il n’est plus gérable pour le collaborateur et devient chronique.  Selon Christina Maslach (2011) :

Le burn out serait une conséquence de réactions de stress quotidiens ayant usé l’individu

On distingue 5 phases dans le développement de cette pathologie. Il est très important de noter que ces phases ne sont pas toutes à risques pour la santé mentale des salariés.

employé en souffrance psychologique

L’enthousiasme

La première phase est caractérisée par un fort enthousiasme de la part du collaborateur vis à vis de son travail. Il est rempli d’ambition et d’énergie pour atteindre ses objectifs. Il est très engagé au sein de l’organisation. Le rôle d’une entreprise est de rendre enthousiaste ses collaborateurs en apportant du sens à leur travail. Cette phase est donc souhaitée à la fois pour la société mais également pour l’épanouissement des salariés. Toutefois des mesures de préventions doivent être mises en place pour garder les collaborateurs dans cette phase d’enthousiasme.

Le surinvestissement

Le surinvestissement est la deuxième étape menant au burn out. Le collaborateur investit tout son temps pour accomplir ses missions. Cependant, les efforts demandés et les conditions de travail développent un niveau de stress intense difficile à gérer. On parle de surchauffe.

Pourquoi le collaborateur rentre-t-il en phase de surinvestissement ?

Les exigences et la charge de travail sont les principaux facteurs poussant l’individu à rentrer en phase de surinvestissement. Le stress subit par le collaborateur le pousse à redoubler d’efforts et à sacrifier sa vie personnelle aux dépens de sa vie professionnelle. La phase de surinvestissement provient également d’un déséquilibre entre les efforts réalisés par l’individu et les récompenses (reconnaissance, valorisation…) qu’il obtient en retour.  Le manque de reconnaissance est une des sources majeures du syndrome d’épuisement professionnel.

La désillusion

La phase de désillusion est la dernière étape avant le burn out. Le collaborateur commence à se vider de son énergie face à la pression constante de son travail. Le stress permanent l’empêche d’avancer et le rend irritable.

Pourquoi le collaborateur rentre-t-il en phase de désillusion ?

Les exigences émotionnelles et le manque d’autonomie, combinés à une charge de travail importante enfonce le collaborateur dans un stress continu. Il ne trouve plus de sens à son travail et son estime de soi est fortement dégradée. Il est important de noter que ce stade ne mène pas forcément au burn out. En effet, de nombreux collaborateurs y restent pendant des années avant d’aller mieux ou d’être complétement vidé de leur énergie.

Le burn out

La dernière phase du processus de burn out c’est le burn out ! Le collaborateur est épuisé physiquement, émotionnellement et mentalement. Il a brulé toute son énergie et n’est plus apte à travailler.

Pourquoi le collaborateur est-il arrivé en phase de burn out ?  

L’épuisement professionnel s’explique par la rencontre d’un collaborateur avec un environnement de travail dégradé. Sa survenue dépendrait à la fois de caractéristiques propres à l’individu et de caractéristiques liées au travail. Les facteurs organisationnels ont une place très importante dans ce syndrome. La qualité du management y est même déterminante. Il n’est pas rare d’observer des collaborateurs d’une même entreprise souffrant de burn out. Le management pathogène ou management par la peur dégrade les conditions de travail des individus. En effet, la surutilisation des liens de subordination, la surutilisation des règles disciplinaires et la surutilisation de pouvoir de direction et d’organisation sont mal ressentis par les collaborateurs et peuvent générer de la souffrance au travail.

L’après burn out

Rassurez-vous, après le burn out apparaît la phase de guérison. Arrive en effet un moment où l’on commence à aller mieux et à relancer la machine. Cette étape permet de redéfinir ses objectifs de vie personnels et professionnels pour s’ouvrir de nouveaux horizons. Le temps de guérison de cette pathologie dépend de la gravité initiale. Il est possible que le collaborateur touché par ce syndrome ne puisse jamais retravailler. Toutefois, la plupart du temps il faut quelques mois de repos avant de revenir travailler.

Les symptômes du burn out

Le diagnostic du burn out ne se base pas sur un symptôme unique mais sur la convergence de plusieurs signaux d’alertes physiques, émotionnels et intellectuels. La recherche scientifique a repéré plus de 130 symptômes. Il est à noter que ces manifestations ne sont pas propres à cette pathologie. Elles peuvent apparaître suite à des périodes de stress intense ou à une exposition prolongée de facteurs de RPS.

Symptômes physiques

Les manifestations physiques sont les plus fréquentes lorsqu’un collaborateur souffre de burn out. On identifie principalement :

  • Fatigue permanente
  • Tensions musculaires
  • Migraine
  • Insomnies
  • Maux de ventre

Symptômes émotionnelles et comportementaux

Le syndrome d’épuisement professionnel comporte des signes avant-coureurs à la fois émotionnels et comportementaux tels que :

  • Anxiété
  • Perte de contrôle
  • Cynisme inhabituel
  • Désengagement
  • Irritabilité
  • Isolement

Symptômes intellectuels et cognitifs

Les symptômes intellectuels ont des répercussions directes sur la capacité de travail des individus et sur leur engagement au sein de l’entreprise. On observe généralement :

  • Troubles de concentration
  • Difficultés à prendre des décisions
  • Troubles de la mémoire
  • Remise en cause professionnelle
  • Dévalorisation

Les différents symptômes et répercussions du burn out sur la santé des collaborateurs sont toutes en lien avec le stress.  Il est primordial pour les entreprises de le prévenir dans le but de réduire au maximum les sources de RPS.

Gérer et prévenir le burn out

salarié épuisé

Avec l’aide d’une prévention adaptée et la mise en place d’un management bienveillant au sein de l’entreprise il est possible de prévenir l’épuisement professionnel de ses équipes.

Gérer son burn out quand on est salarié

Lorsque l’on est salarié d’une entreprise et qu’on souffre d’un épuisement professionnel il faut en parler !

La majorité du temps c’est le manque ou l’absence de communication qui nous a conduit à cette situation. Il ne faut donc pas hésiter à prendre rendez-vous avec le département des Ressources Humaines et la médecine du travail. Dans un second temps il faut aller voir son médecin de proximité. Ce dernier peut faire bénéficier le patient d’un arrêt de travail. Enfin si cela est nécessaire une intervention du psychiatre doit aider le collaborateur à reconstruire son identité professionnelle.

Gérer un cas de burn out dans son équipe

Il est important de rappeler que le syndrome d’épuisement professionnel provient majoritairement d’un management pathogène et d’un manque de reconnaissance. Si cette situation n’est pas voulue, il faut à tout prix se remettre en question et analyser les facteurs (charge mentale, charge de travail) ayant conduit le salarié au burn out. Enfin il faut trouver des solutions internes à l’entreprise en adoptant des méthodes de travail plus agile et flexible en accord avec la qualité de vie au travail des salariés.

Prévenir le burn out au niveau de l’entreprise

Une collaboration entre la médecine du travail et management de l’entreprise doit être institutionnalisée dans une démarche de prévention du burn out et des pathologies mentales liées au travail.

Afin d’éviter le burn out, l’entreprise doit mesurer et évaluer les 6 familles de facteurs de RPS :

  • L’intensité et les temps de travail
  • Les exigences émotionnelles
  • Le manque d’autonomie
  • Les rapports sociaux au travail
  • Les conflits de valeurs
  • L’insécurité et la situation de travail

Les sociétes doivent tendre vers une nouvelle organisation du travail en adoptant des méthodes agiles et flexibles. La mise en place d’une politique de qualité de vie au travail (QVT) est également l’une des clés de la prévention. En effet, la QVT permet de créer un environnement et des conditions de travail propice à la satisfaction et l’épanouissement des collaborateurs. Elle est également vectrice de reconnaissance et de sens du travail pour les collaborateurs.

Le sport est également un très bon moyen de prévenir le syndrome d’épuisement professionnel. La culture d’entreprise doit inciter les collaborateurs à pratiquer une activité physique. Cela permet d’améliorer la concentration, le moral et la réflexion.

Enfin, la prévention passe par la formation des managers et collaborateurs aux RPS et à la gestion du stress. Mr Bouhours préconise également l’instauration d’un psychologue au sein de l’entreprise. Cet accompagnement ne peut être que bénéfique pour les salariés afin d’anticiper les risques et de trouver des solutions adaptées à leurs situations professionnelles.

 

Conclusion :

Le burn out est un syndrome d’épuisement professionnel à 3 dimensions (épuisement physique, émotionnel, mental, cynisme vis-à-vis du travail et diminution de l’accomplissement personnel au travail). Il n’est toujours pas considéré à ce jour comme une maladie professionnelle. Sa survenue est liée aux conséquences d’un stress permanent sur les collaborateurs. Les entreprises doivent chercher à garder leurs équipes dans une phase d’enthousiasme en donnant du sens à leur travail. La reconnaissance et la valorisation du travail des individus est l’une des clés pour prévenir le burn out des salariés.

Références :

Maslach C. “Understanding burnout: Definition issues in analyzing a complex phenomenon”. In W.S.Paine (éd.), Job Stress and Burnout. Sage Publications, Beverly Hills (California), 1982.

Olié J-P, Légeron P. « Rapport sur le burn out », Académie nationale de médecine, 2016.

OCDE. « Mal être au travail ? Mythes et réalités sur la santé mentale et l’emploi ». Santé mentale et travail. Rapport 2012.

Maslach C., Leiter M.P. ”Burn-out, le syndrome d’épuisement professionnel”. Les Arènes, Paris, 2011.

Schaufeli WB, Enzmann D, Girault N. “Measurement of burnout: A review. In Professional burnout: Recent developments in theory and research”. Schaufeli WB, Maslach C, Marek T. Philadelphia, PA, US: Taylor & Francis; 1993:199–215. [Series in Applied Psychology: Social Issues and Questions.]

Giorla, JF. « Le médecin libéral face à la souffrance au travail de ses patients ». Union régionale des professionnels de santé.

Boudoukha A-H. « Repérer et évaluer le burn-out pour définir une prise en charge TCC adaptée ». LPPL EA 4638, 2019.

Repérage et prise en charge cliniques du syndrome d’épuisement professionnel ou burnout. Haute autorité de santé, 2017.

Chapelle G-F. Modélisation des processus d‘épuisement professionnel liés aux facteurs de risques psychosociaux : burn out, bore out, stress chronique, addiction au travail, épuisement compassionnel. Journal de thérapie comportementale et cognitive, 2016 (vol 26), pp 111-122.

Ministère du Travail, Direction générale du travail « Le syndrome d’épuisement professionnel ou burn-out: mieux comprendre, pour mieux agir ». Guide d’aide à la prévention, 2015.

 

Article rédigé par Valentin Menard


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