Arriver tôt au bureau et partir tard pour être mieux vu dans l’entreprise : c’est le quotidien de nombreux collaborateurs en France. La culture du présentéisme dans l’hexagone a un très fort impact sur la psychologie des salariés et les oblige à rester au travail, pour rien.

« 18h, alors comme ça tu prends ton après-midi ? »

Définition du présentéisme

Le présentéisme, que l’on considère comme un mal très français et également très présent aux États-Unis. C’est d’ailleurs Outre-Atlantique que cette notion s’est vue théorisée. Elle caractérise la dissociation de la présence physique et de la présence mentale. En d’autres termes le présentéisme désigne une situation où un collaborateur est physiquement présent sur son lieu de travail alors que son état physique, mental ou sa motivation ne lui permettent pas d’être pleinement productif.

Ce syndrome peut prendre différentes formes :

  • Le présentéisme contemplatif : Le salarié est présent sur son lieu de travail mais ne travaille pas par manque de motivation.
  • Le présentéisme stratégique : Le salarié multiplie les heures au bureau dans le but d’être bien vu par ses pairs et membres de la hiérarchie.
  • Le surprésentéisme : Le salarié continu de travailler même lorsque son état de santé ne lui permet pas d’être efficace.

Le présentéisme s’oppose par définition à la notion d’absentéisme, caractérisant « toute absence qui aurait pu être évitée par une prévention suffisamment précoce des facteurs de dégradations des conditions de travail entendus au sens large : les ambiances physiques mais aussi l’organisation du travail, la qualité de la relation d’emploi, la conciliation des temps professionnel et privé » selon l’Anact.

État des lieux du présentéisme en France

Peu d’enquêtes ont vu le jour sur ce syndrome mais une se démarque particulièrement et dresse un bilan quelque peu inquiétant. Il s’agit de l’enquête Glassdoor réalisée en 2019 sur le présentéisme contemplatif.

25% des personnes interrogées se sentent gênées d’arriver au bureau en dernier et près d’un salarié sur trois affirme qu’il est mal vu de quitter le bureau avant 18h. Suite à ces constats, il n’est pas étonnant d’apprendre qu’une personne sur quatre admet être déjà restée sur son lieu de travail sans être productif mais uniquement pour être bien vu.

1 personne sur cinq déclare avec honnêteté travailler sur des tâches personnelles pour faire passer le temps sur son lieu de travail. Suite à ces différentes mesures du présentéisme la présence des salariés sur leur lieu de travail semble être de moins en moins porteuse de sens. Les longues heures passées au sein de l’entreprise ne sont pas des gages de productivité et d’engagement professionnel. Elles ne l’ont d’ailleurs jamais été et découlent seulement de l’imaginaire collectif.

Enfin, 27% des salariés pensent pouvoir être plus efficace en télétravail. Cette organisation du travail encore utopique avant la crise du Covid 19 est-elle la solution miracle au présentéisme ?

Le télétravail pour lutter contre le présentéisme ?

En France nous avons tendance à opposer télétravail et le présentéisme, comme si l’un excluait forcément l’autre. Au risque de vous décevoir, le présentéisme existe aussi bel et bien dans cette nouvelle organisation du travail.

Autrefois, lorsque nous allions au bureau, nous avons tous connu un employé qui laissait en permanence une veste sur le dossier de sa chaise pour montrer qu’il était présent même à des heures tardives, alors qu’en réalité il n’était plus dans les locaux depuis un bon moment. Aujourd’hui en télétravail, il suffit de laisser son ordinateur allumé et de bouger sa souris toutes les heures pour faire croire que l’on est connecté et que l’on travaille d’arrache-pied. Encore plus simple, on peut faire son shopping sur internet sans que personne ne nous remarque.

Le présentéisme en télétravail se manifeste également à travers « la réunionnite ». Nous avons tous connu des réunions à rallonge, sans objectifs clairs et avec bien trop de participants. À distance, ces réunions sont bien plus nombreuses et pénibles qu’elles ne le sont au bureau. Les Américains ont même inventé l’expression « Zoom fatigue » pour caractériser ce phénomène de présentéisme en télétravail. De nombreux employés en France admettent passer 7 heures par jour en visio conférence sans être productif.

Le télétravail permet d’augmenter la productivité et le bien-être des salariés quand il s’accompagne d’un gain d’autonomie. La « surcharge collaborative » qui accompagne le télétravail peut devenir plus insupportable avec la distance et donc entrainer des comportements de présentéisme.

Les causes et conséquences du présentéisme en France

Le présentéisme est la conséquence de multiples causes qu’il serait difficile de synthétiser. Toutefois, 2 facteurs se distinguent particulièrement : le facteur travail et les facteurs individuels.

Le facteur travail

Selon Marie Mure-Ravaud, experte de la communauté Glassdoor en France, le présentéisme est le fruit de la culture managériale française, qui valorise les horaires à rallonge comme motif de motivation et d’engagement professionnel.

Cette culture du présentéisme provenant d’une forme de management pathogène oblige les salariés à se justifier lorsqu’ils arrivent en retard au bureau ou partent « tôt » (17h30) et les poussent à rester plus longtemps pour montrer leur motivation.

Ce biais culturel a des répercussions négatives sur la satisfaction au travail des collaborateurs. Leur qualité de vie au travail est lourdement impactée par des mauvaises conditions de travail, une faible autonomie, un manque de confiance envers la hiérarchie et une insécurité de l’emploi.

Les facteurs individuels

Le présentéisme recouvre de multiples réalités et questionne notre rapport au travail en tant qu’individu.

Pour de nombreux collaborateurs, se rendre au travail est un devoir. Peu importe notre condition physique, il est nécessaire d’aller au bureau. S’absenter du travail peut donc s’apparenter à un comportement déviant vis-à-vis de notre contrat psychologique avec notre employeur.

Pour d’autres, le travail est vu comme une sorte d’échappatoire. Les heures supplémentaires, même si elles ne sont pas productives nous permettent de fuir nos responsabilités et problèmes personnels.

Enfin, le climat de compétition installé dans certaines entreprises impose à certains collaborateurs de travailler jour et nuit, tout du moins d’être présent au bureau pour protéger leur place et accéder à des fonctions supérieures.

Tous ces facteurs organisationnels et individuels dégradent la motivation des salariés, les désengagent de leur travail et peuvent causer une grande fatigue à la fois physique et mentale entraînant un burn out.

En finir avec le présentéisme

Il est peu probable de voir le présentéisme disparaître. Cependant, il est tout à fait possible de le prévenir et de le minimiser au sein des entreprises.

« La qualité doit primer sur la quantité »

Dans une société, qui glorifie la quantité à la qualité, il serait préférable d’imaginer un avenir où l’on en demanderait moins aux salariés au profit de la qualité. Après tout, « less is more ».

Cette problématique culturelle de l’hyperactivité doit être résolue par l’entreprise à travers de nouvelles stratégies et pratiques managériales ou encore en transformant son organisation du travail.

Les managers et dirigeants doivent promouvoir un management basé sur la confiance et les objectifs plutôt qu’un management de surveillance. Adopter une attitude décomplexée par rapport aux temps de travail est l’une des clés pour développer une relation de confiance avec ses collaborateurs et les engager sur le long terme.

Pour limiter la propagation du présentéisme, il est nécessaire de s’intéresser au rapport des individus avec leur travail. L’émergence des nouvelles technologies a impacté le monde de l’entreprise et modifié notre rapport au temps de travail. Les nouvelles générations Y et Z n’ont plus le même rapport au travail que les générations des baby-boomers et X. Une étude anglaise de 2015 réalisée par l’agence MRY nous aide à mieux comprendre ce phénomène à travers l’analyse des journées de travail de ces générations :

différence rapport au travail génération X et Y

Les managers ont donc tout intérêt à ouvrir le dialogue avec leurs salariés pour mieux comprendre leur fonctionnement et tirer le maximum de leur potentiel tout en se souciant de leur bien-être.

Le bien-être des salariés justement, doit devenir l’enjeu principal des entreprises. Ces dernières doivent favoriser l’équilibre de vie professionnelle/ personnelle pour minimiser le présentéisme. Quelques exemples de bonnes pratiques :

  • Instaurer un droit à la déconnexion
  • Mise en place de plage horaire d’email
  • Revoir les critères d’attribution des primes à la performance
  • Former les collaborateurs à identifier les signes révélateurs d’une charge de travail importante : les heures supplémentaires récurrentes, l’explosion des comptes épargne-temps, le report de congés, les mails et textos tard le soir ou le week-end, l’isolement…

 

Conclusion :

Le présentéisme, syndrome très en vogue en France et aux États-Unis, est le fruit d’une culture managériale privilégiant la quantité à la qualité. Cette dernière oblige les salariés à rester tard au bureau pour prouver leur engagement vis-à-vis de leur entreprise. Le syndrome du présentéisme est également très présent en télétravail contrairement à ce que l’on pourrait penser. Les entreprises doivent repenser leurs stratégies et pratiques managériales afin d’adopter une organisation du travail privilégiant la qualité à la quantité. C’est en remettant l’humain au coeur de l’entreprise que les sociétés engageront durablement leurs collaborateurs.


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